LE BILLET DES PAPAS

« L'intelligence de la nature féconde certains êtres sans qu'ils aient accompli d'études. » Sylvain Tesson

 

 

Construire un nid. Branche après branche, poser le socle d'un foyer pour y accueillir la promesse d'une nouvelle vie. Choisir le bon endroit, le lieu idéal, le refuge qui ne sacrifie ni la sécurité ni l’abondance. Être à l'abri de tout : des intempéries, des prédateurs, des imprévus, des curieux. Mais veiller à ne pas trop s'enfermer. Garder une issue, un passage, un chemin afin de se mouvoir au quotidien entre la vie et la survie. Puis s'aimer, par nécessité ou par affection. S’envoler, tournoyer, battre des ailes, séduire encore par ses parures, ses attentions, ses atouts, briller, briller encore, profiter de la chaleur d'un endroit, et le réchauffer un peu plus. Puis, protéger ce qu'il y a de plus cher : la Vie. Couver, l'un après l'autre, l'autre après l’un. Être déjà deux dans ce processus fragile et intime. Se relayer, le temps qu'il faudra. Puis sentir, sous la toison, les mouvements se faire plus présents.

 

En ouvrant la porte de mon garage ce matin, des petits cris aigus et fragiles m'ont accueilli. En équilibre entre les poutres et les pierres, dans un recoin,  je vis le nid. Saviez-vous que plus de soixante pour cent des couples d'oiseaux de ce monde se partagent l'ensemble des tâches équitablement ? Saviez-vous que lorsqu'un oiseau revient au nid pour remplacer son partenaire, le couple fait un échange de cris semblable à une discussion : leurs cris s’alternant de manière organisée ? Saviez-vous que les parents « d’oisillons stressés » passaient non seulement plus de temps à chercher de la nourriture mais également plus de temps au nid auprès de leur progéniture ? Le stress étant une information présente dans les cris des oisillons, il permet aux parents d'ajuster leurs soins. Saviez-vous que les oiseaux, ne souffrent pas du regard de l'autre, de la morale sociale et de la peur de l'échec ? Saviez-vous que les parents-oiseaux ne se posent pas ces questions ? Ils sont portés par les besoins de leurs petits, et veillent l'un sur l'autre.

 

Dans les jours qui ont suivi, j'ai observé les allers-retours entre le monde et mon garage. Je me suis demandé si moi aussi j'étais capable d'identifier « les signaux de stress » de mes enfants. Sont-ils tétanisés ? Sont-ils fuyants ? Sont-ils agressifs ? Sont-ils capables de verbaliser ? Suis-je capable d’interpréter ces signaux ? Puis-je y répondre à chaque instant ? Comment expliquer que parfois je n'y arrive pas ? Sont-ils capables d’interpréter mes signaux ? Suis-je capable de verbaliser ? Suis-je agressif ? Suis-je fuyant ? Suis-je tétanisé ? En observant la vie, nous observons une forme d'intelligence. En observant les oiseaux cette semaine , je me suis aperçu que mon nid n'était pas moins habile. J'ai remarqué que mes allers-retours au travail n’étaient pas moins vains. J'ai apprécié que mon couple ne soit pas moins fragile et endurant. J'ai compris que les besoins de mes enfants n’avaient pas moins d'importance que les besoins des oisillons. En observant la nature, je me suis mis à espérer que ces apartés, mises bout à bout, cicatriseront la plaie ouverte entre la nature et la culture.

 

 

Les vacances arrivent bientôt, et les beaux jours sont déjà là.

Prenez votre envol…

 

Monsieur Chou

Le Billet des papas est une initiative de la Maison de la famille de la ville de Reims. 

 

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